Deux processus diplomatiques d’envergure internationale le processus de Washington piloté par les États-Unis et le processus de Doha mené par le Qatar tentent depuis plusieurs mois de désamorcer la crise opposant la République démocratique du Congo au Rwanda et à la rébellion de l’AFC/M23. Malgré l’importance des engagements pris, ces initiatives peinent cependant à traduire leurs avancées théoriques en résultats concrets sur le terrain, où les combats se poursuivent sans relâche dans l’Est de la RDC.
Des accords ambitieux mais des interprétations divergentes
Le processus de Washington, à la base des accords signés entre Kinshasa et Kigali, et celui de Doha, visant à structurer la négociation entre le gouvernement congolais et l’AFC/M23, ont été salués pour leur potentiel diplomatique. Ensemble, ils constituent les deux volets d’une même stratégie internationale visant à apaiser une crise qui dure depuis plus d’une décennie.
Pourtant, selon le rapport du Groupe d’experts des Nations unies consulté par lepotentiel.cd mardi 9 décembre, ces deux initiatives sont fragilisées par des interprétations contradictoires de leurs dispositions.
« Entre août et novembre 2025, plusieurs cycles de négociations ont suivi la signature de l’Accord de Washington et des Principes de Doha… Cependant, la méfiance persistante, la rhétorique belliqueuse et les accusations réciproques de violations du cessez-le-feu ont paralysé les deux processus », écrit le rapport.
Les experts relèvent que la RDC et le Rwanda « continuent d’interpréter différemment les dispositions clés » de l’accord, entraînant retards et blocages.
Le contentieux autour du CONOPS, des FDLR et du retrait des RDF
L’un des points les plus sensibles concerne la séquence des mesures prévues dans le CONOPS, notamment la neutralisation des FDLR, le calendrier des opérations et le retrait des Forces de défense rwandaises (RDF) du territoire congolais.
Les documents opérationnels (CONOPS et OPORD) confient à la seule RDC la responsabilité de neutraliser les FDLR. Un engagement que Kinshasa affirme assumer, rappelant ses appels répétés au désarmement volontaire des rebelles hutu rwandais.
Mais pour les experts onusiens, cette mission est devenue quasi impossible : « L’essentiel des forces des FDLR opérait dans des zones contrôlées par l’AFC/M23 et les RDF, hors de portée opérationnelle des FARDC », souligne le rapport, limitant drastiquement la capacité de l’armée congolaise à appliquer les engagements pris.
Doha : un accord cadre, deux visions opposées
L’autre source majeure de tension réside dans l’interprétation de la Déclaration de Doha.
Kinshasa s’attend à un retrait progressif de l’AFC/M23, suivi d’un cantonnement.
À l’inverse, les dirigeants du mouvement rebelle entendent maintenir leurs positions, réclament des garanties d’intégration au sein de l’État congolais et revendiquent même une autonomie politique vis-à-vis de Kinshasa.
Ces divergences, déjà profondes, se sont aggravées alors que les hostilités se sont intensifiées au Nord-Kivu et au Sud-Kivu, opposant l’AFC/M23 et les forces rwandaises aux FARDC et aux Volontaires pour la défense de la patrie (VDP)/Wazalendo.
Une guerre qui s’intensifie malgré les négociations
Alors que les discussions se poursuivent, le terrain reste marqué par une escalade militaire.
Selon le rapport onusien :
Le Rwanda continue de déployer des troupes et de mener des opérations militaires en contradiction avec l’Accord de Washington et la résolution 2773 du Conseil de sécurité.
Kigali n’a « exercé aucune pression » sur l’AFC/M23 pour un retrait ou une cessation des offensives.
Les FARDC, de leur côté, ont lancé des frappes aériennes, également en violation du cessez-le-feu, pour freiner l’avancée des rebelles.
Aucun mécanisme d’application ou de vérification n’a pour l’instant été mis en place pour garantir le respect des engagements pris dans les deux processus de paix.
Washington et Doha : deux piliers diplomatiques encore sans impact
Le rapport intervient alors que les États-Unis, sous la présidence de Donald J. Trump, continuent de jouer un rôle central dans la médiation. Washington qualifie l’accord signé entre Kinshasa et Kigali d’« historique », estimant qu’il jette les bases d’une paix durable et d’une coopération économique renouvelée.
En parallèle, le Qatar tente de jouer les facilitateurs entre le gouvernement congolais et l’AFC/M23. Si un accord-cadre a été conclu, son contenu demeure vague et dépend encore des négociations à venir.
Une paix toujours hors de portée
Sur le terrain, rien n’a changé :
les lignes de front restent actives,
aucune mesure de confiance n’a encore été mise en œuvre,
les parties continuent de consolider leurs positions plutôt que de se désengager.
La coexistence des processus de Washington et de Doha illustre l’extrême complexité du conflit :
d’un côté, une médiation entre États (RDC–Rwanda) ;
de l’autre, une négociation politico-militaire avec un mouvement rebelle profondément enraciné dans le territoire congolais et soutenu militairement par Kigali.
Pour l’heure, les deux dynamiques n’ont pas permis de ralentir la spirale de violence, encore moins d’ouvrir la voie à une paix durable dans l’Est de la RDC.
Tshiyoyo