RDC : QUAND LES RELIGIEUX SE SUBSTITUENT A LA SOUVERAINETÉ NATIONALE.

La publication du message de l’Assemblée plénière extraordinaire des Évêques de la CENCO, opportunément intitulée « La Nation est en péril ! », diffusée du 18 au 20 juin 2026, marque  l’immixtion d’une structure privée dans le débat politique et constitutionnel de notre pays. Ce document, qui critique ouvertement toute velléité de réforme constitutionnelle et s’arroge le droit de dicter la conduite des affaires publiques, impose une réaction ferme de la part des représentants légitimes du peuple.

En tant qu’élu très légitime du peuple et universitaire, je ne saurais tolérer cette confusion des rôles qui menace les fondements mêmes de notre République.

Face à cette posture qui interroge la place de la CENCO dans un État de droit, il est impératif de rappeler certains principes fondamentaux et de déconstruire une rhétorique dangereuse.

Mon analyse s’articulera autour des six points suivants, qui mettent en lumière les contradictions et les dérives de cette institution :

1. La Laïcité : Un Rempart Constitutionnel, non une Option

L’article 1er de notre Constitution est le socle de notre vivre-ensemble. Il dispose, en toutes lettres :

> « La République Démocratique du Congo est, dans ses frontières du 30 juin 1960, un Etat de droit, indépendant, souverain, uni et indivisible, social, démocratique et laïc… »


Ce principe de laïcité n’est pas une simple clause de style, mais le garant de la séparation des pouvoirs spirituel et temporel. En s’ingérant de manière aussi frontale dans le débat législatif et constitutionnel, la CENCO ne se contente plus de conseiller… elle tente de régenter.

Cette dérive théocratique est une insulte à la neutralité de l’État et une violation de l’ordre républicain qui protège chaque citoyen contre l’arbitraire confessionnel.

2. Quid du  Mandat de l’Élu face à l’Injonction Privée?

Le rôle fondamental d’un député est de légiférer et de réfléchir à l’adaptation constante de notre cadre juridique aux réalités de notre société. Comment une structure privée peut-elle prétendre interdire aux élus de la Nation, détenteurs de la légitimité populaire, de réfléchir à l’avenir institutionnel de leur pays ? Tenter de paralyser la pensée législative sous prétexte de « défense de la Constitution » est, paradoxalement, une violation intentionnelle de l’esprit même de cette Constitution qui consacre le débat démocratique. Aucun diktat clérical ne saurait se substituer à la volonté populaire exprimée par les urnes.

3. L’Anomalie Congolaise : Une Exception Régionale

L’observation de l’espace politique des Grands Lacs révèle une vérité cinglante : aucune autre conférence épiscopale de la région n’adopte une posture aussi radicalement belliqueuse et systématiquement oppositionnelle. Alors que nos voisins privilégient la médiation discrète et l’accompagnement moral, la CENCO congolaise a mué en un appareil de propagande, troquant la mitre pour le pamphlet politique, s’éloignant ainsi de l’exemple de tempérance de ses pairs africains.

4. La CENCO : Branche Subsidiaire de l’Opposition ?

Il est désormais impossible de distinguer le lexique de la CENCO de celui des officines de l’opposition radicale.

En propageant des discours de peur sur la « balkanisation » et en jetant le discrédit sur chaque initiative gouvernementale, elle cristallise les tensions au lieu de les apaiser. Cette convergence idéologique avec l’opposition radicale transforme une institution religieuse en un acteur partisan, divisant les fidèles et affaiblissant la cohésion nationale.

5. Le Silence de Goma : L’Indignation à Géométrie Variable.

Où était la CENCO lorsque les villes des  Goma et Bukavu tombaient?

Tribune de l’honorable professeur Meschak MANDEFU.

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