À quelques jours de la marche annoncée par son mouvement politique, Jean-Marc Kabund, figure majeure de l’opposition congolaise, a lancé ce samedi 13 décembre une violente charge contre le pouvoir en place, l’accusant de vouloir « confisquer les libertés fondamentales » et d’orchestrer des « manœuvres d’intimidation » pour étouffer toute contestation citoyenne.
Dans un long message publié sur X (anciennement Twitter), Kabund dénonce une interdiction jugée « arbitraire » de la marche pacifique prévue pour le lundi 15 décembre à Kinshasa, en violation flagrante, selon lui, de l’article 26 de la Constitution, qui garantit la liberté de manifestation.
*_Un climat de tension politique à Kinshasa_*
« Le pouvoir tente de nous interdire arbitrairement une marche pacifique, tout en finançant avec l’argent du Trésor public des contre-marches, et en recrutant les Kulunas à travers Kinshasa pour nous attaquer avec des armes blanches », accuse Kabund, qui voit là une preuve que « le régime s’est définitivement rangé du côté de l’oppression ».
Ces déclarations surviennent dans un contexte particulièrement tendu, alors que la situation sécuritaire dans l’Est du pays continue de se dégrader sous les assauts du M23 et que de nombreux Congolais expriment frustration et colère face à l’inaction présumée de l’État. Kabund s’insurge contre le contraste entre, d’un côté, l’inaction face à l’agression étrangère à l’Est, et de l’autre, « la répression brutale » contre ceux qui dénoncent cette situation à Kinshasa.
*_Une démocratie « confisquée »_*
L’ancien proche du président Tshisekedi, désormais en rupture totale avec le régime, va plus loin en qualifiant l’actuel système politique de « tyrannie » et de « démocratie confisquée » dans laquelle « les droits fondamentaux sont accordés ou retirés selon la convenance du pouvoir ».
Il évoque une « trahison grave de l’idéal démocratique », soulignant que la liberté d’expression, de réunion et de manifestation sont désormais menacées par une dérive autoritaire « orchestrée depuis le sommet de l’État ».
*_Une marche maintenue malgré les menaces_*
Malgré les menaces présumées et les tentatives d’intimidation, Kabund affirme que la marche du 15 décembre est maintenue, appelant le peuple congolais à « briser le mur de la peur » et à reprendre sa souveraineté dans la rue. Il insiste sur le caractère pacifique de la manifestation, mais annonce une mobilisation « ferme » et déterminée.
« Aucune interdiction illégale, aucune intimidation, aucune manœuvre de terreur ne nous fera reculer », écrit-il. Et de conclure par un appel solennel : « Peuple congolais, lève-toi et prends ton destin en main. »
*_Une mise à l’épreuve des libertés publiques_*
Les propos de Kabund posent une nouvelle fois la question de l’espace civique en République démocratique du Congo, de plus en plus restreint selon plusieurs observateurs et organisations de défense des droits humains. Amnesty International et Human Rights Watch ont, à plusieurs reprises, exprimé leur inquiétude quant à la multiplication des arrestations arbitraires, des interdictions de manifestations et des actes de répression à l’encontre des opposants.
Cette marche prévue le 15 décembre pourrait ainsi constituer un test pour la maturité démocratique du régime actuel, confronté à une double pression : répondre à l’urgence sécuritaire nationale à l’Est, tout en garantissant les libertés publiques à l’Ouest.
Le gouvernement n’a pas encore réagi officiellement aux accusations formulées par Jean-Marc Kabund, mais la situation à Kinshasa laisse présager une montée de tension dans les prochains jours. La présence de forces de l’ordre en nombre dans les principales artères de la ville, et les consignes strictes données aux autorités locales, montrent que le pouvoir entend contenir toute mobilisation non autorisée.
M. TSHIYOYO