QUAND L’UDPS SE DÉCHIRE : AUTOPSIE D’UN AFFAIBLISSEMENT PROGRAMMÉ

Tribune de Richard Ilunga Muipatayi haut cadre de l’UDPS et ancien Ministre provincial

À Kinshasa, les apparences d’unité sont souvent trompeuses.

Derrière les slogans de cohésion, les poignées de main protocolaires et les démonstrations publiques de fidélité au Chef de l’État, une lutte souterraine mais féroce consume aujourd’hui le sommet de l’UDPS, principal pilier de la majorité présidentielle.

Ce qui se joue n’a plus rien d’un simple débat d’orientation interne.
Il s’agit désormais d’une bataille brutale pour le contrôle de l’influence, des nominations, des circuits de décision, de la redistribution des avantages politiques et surtout de l’accès privilégié au Président de la République.

Au cœur de cette fracture se cristallise un duel devenu emblématique : celui opposant André Mbata à Augustin Kabuya, deux figures majeures du système, désormais érigées en symboles d’ambitions concurrentes au sein du régime.

Depuis plusieurs semaines, les faits parlent d’eux-mêmes : déclarations hostiles, désaveux publics, piques médiatiques, conflits de légitimité et instrumentalisation de la base militante.
L’épisode récent de l’élection du gouverneur du Sankuru n’aura été qu’un révélateur supplémentaire d’une guerre d’influence déjà installée et désormais assumée au grand jour.

Le moraliste Paul Valéry écrivait avec lucidité :
« La guerre, c’est le massacre de gens qui ne se connaissent pas au profit de gens qui se connaissent mais ne se massacrent pas. »

Cette maxime semble tristement illustrer le climat qui règne actuellement au sein de l’UDPS.

Car pendant qu’Augustin Kabuya et André Mbata s’affrontent dans une compétition larvée pour la prééminence politique, chacun s’emploie de son côté à mobiliser, orienter, exciter ou manipuler combattants, cadres et communicateurs du parti pour consolider son propre camp.

Autour de ces deux pôles gravitent désormais fidélités, réseaux, clientèles et intérêts antagonistes dans une guerre où l’intoxication, les campagnes de discrédit, les règlements de comptes par médias interposés, l’usage calculé des militants et les coups bas deviennent progressivement la nouvelle méthode de gestion du pouvoir.
Le plus inquiétant demeure cependant ailleurs.

Pendant que la République ploie sous l’insécurité persistante à l’Est, le chômage massif des jeunes, la pauvreté galopante, la vie chère et la désespérance sociale, la majorité présidentielle offre à l’opinion le spectacle désolant de querelles de préséance, de luttes de positionnement et de règlements de comptes internes.

L’UDPS, qui devait constituer la colonne vertébrale idéologique et organisationnelle de la gouvernance, s’enfonce ainsi dans une logique de clans et de sous-clans, confirmant une crise interne déjà perceptible depuis plusieurs mois malgré les tentatives répétées de recadrage et de remobilisation.

Or, l’histoire politique enseigne une vérité constante : les régimes ne s’effondrent pas uniquement sous les coups de l’opposition ; ils se fragilisent bien souvent de l’intérieur, rongés par l’ego, l’indiscipline, la compétition des ambitions et la confiscation du pouvoir par des réseaux rivaux.

Lorsqu’un parti cesse de penser collectif pour ne plus fonctionner qu’en chapelles, il prépare lui-même les conditions de son affaiblissement.

Si rien n’est entrepris pour arbitrer avec autorité, recadrer les acteurs et restaurer la discipline politique, l’UDPS risque d’offrir à ses adversaires ce qu’aucune opposition n’aurait pu conquérir seule : l’effritement progressif de la majorité présidentielle par ses propres contradictions.
L’heure n’est donc plus aux faux-semblants.

Une majorité qui se déchire perd son autorité morale.
Un pouvoir qui expose publiquement ses fractures entame sa crédibilité.
Et un parti qui privilégie ses guerres intestines à l’exigence de gouverner prépare inévitablement sa propre chute.

L’histoire est sévère avec les formations qui oublient que l’ennemi principal n’est pas toujours à l’extérieur.
Parfois, il grandit au cœur même de la maison.

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