Nous saluons la création, par ordonnance présidentielle, du Tribunal pénal économique et financier en République démocratique du Congo. Cette juridiction spécialisée est destinée à renforcer la lutte contre la criminalité économique, notamment la corruption, le détournement des deniers publics, l’enrichissement illicite ou le blanchiment de capitaux. Une initiative importante et ô combien salutaire dans la lutte contre la corruption et ses corollaires.
Depuis de nombreuses années, notre pays est miné de l’intérieur par ce fléau qui affaiblit l’État, fragilise nos institutions et compromet le développement de notre nation. La corruption s’est malheureusement installée dans plusieurs secteurs de la vie publique et sociale, du petit roulage jusqu’au sommet de l’État.
Aujourd’hui, au Congo, tout semble parfois pouvoir s’acheter : un diplôme sans les connaissances requises, un permis de conduire même lorsque l’on ne sait pas conduire, un passeport sans être réellement citoyen, ou encore des faveurs administratives qui devraient pourtant être accordées dans le strict respect de la loi.
Que dire également des détournements des deniers publics dans plusieurs domaines et entreprises publiques, souvent à hauteur de plusieurs millions de dollars ? L’exemple récent est celui des directeurs généraux de la Caisse Nationale de Sécurité Sociale et de l’Office Congolais de Contrôle. Trop, c’est trop. Justice doit être faite.
Cette situation est inacceptable et ne peut plus être tolérée sous aucune forme. La corruption est une véritable gangrène qui ronge notre société, détruit la confiance entre les citoyens et l’État et freine l’émergence de notre pays.
La mise en place de ce tribunal spécialisé constitue donc un signal fort, un véritable choc thérapeutique. Elle témoigne d’une volonté du président Félix Tshisekedi de renforcer la gouvernance de l’État de droit en RDC, de sanctionner les crimes économiques et financiers et de restaurer la confiance dans les institutions publiques.
Cependant, pour que cette initiative porte réellement ses fruits, il est essentiel que cette juridiction fonctionne avec indépendance, rigueur et impartialité. La lutte contre la corruption doit concerner tous les niveaux de la société, sans distinction ni privilège.
C’est à ce prix que nous pourrons bâtir un Congo plus juste, plus transparent et véritablement tourné vers le progrès.
Car, à l’époque de nos parents pas si lointaine voler ou détourner un bien public était considéré comme une honte, non seulement pour celui qui s’en rendait coupable, mais aussi pour toute sa famille. L’honneur et la dignité avaient encore un sens profond dans notre société.
Aujourd’hui, malheureusement, la situation semble parfois inversée. Le détournement des deniers publics est trop souvent perçu comme un exploit ou comme une preuve de réussite. Celui qui refuse de participer à ce « sport national » est parfois moqué, marginalisé ou considéré comme naïf.
Il est donc urgent de réhabiliter les valeurs d’intégrité, de probité et de responsabilité dans la gestion de la chose publique.
Le combat contre la corruption n’est pas seulement une affaire de tribunaux ou de lois. C’est aussi un combat moral et culturel qui doit mobiliser toute la nation : les dirigeants, les fonctionnaires, les entrepreneurs, les leaders d’opinion et chaque citoyen.
Amasser des millions peut sembler séduisant, mais regardons autour de nous : la misère qui règne, le manque d’infrastructures, d’écoles, d’hôpitaux et de routes dignes de ce nom. On ne peut pas être heureux tout seul dans un environnement qui souffre. À quoi sert d’avoir une belle voiture si les routes sont impraticables ?
Que n’avons-nous pas vu avec certains mobutistes à la chute de leur régime, ici comme ailleurs en Afrique : des dirigeants qui pillent leurs pays pour placer leur argent en Occident ou des paradis fiscaux ? Mais lorsque leur pouvoir prend fin, ces biens sont souvent saisis ou confisqués. C’est alors une double perte : une perte pour le pays, privé de ses ressources, et une perte pour ces personnes qui finissent par tout perdre, sans lendemain.
Travaillons plutôt pour le bien commun, même si cela exige parfois de placer l’intérêt collectif au-dessus de nos intérêts personnels.
C’est ainsi que nous pourrons bâtir un pays juste, responsable et solidaire.
Richard Ilunga Muipatayi
Haut cadre de l’UDPS
Ancien ministre provincial ✍️