La signature de l’accord de paix et de coopération économique entre la République Démocratique du Congo (RDC) et le Rwanda, intervenue le 4 décembre 2025 à Washington sous l’égide de l’ancien président américain Donald Trump, continue de susciter des réactions passionnées et polarisées.
Alors que la communauté internationale salue un pas vers la désescalade, l’opposant congolais Martin Fayulu a jeté un froid sur l’optimisme ambiant, qualifiant l’entente de « piège » tendu par le président rwandais Paul Kagame à son homologue congolais Félix Tshisekedi.
*L’accord de Washington : un cadre de coopération controversé*
L’accord, officiellement désigné comme le Cadre d’Intégration Économique Régionale (CIER), a été présenté par Donald Trump comme un « accord de paix historique » destiné à mettre fin à l’un des conflits les plus meurtriers au monde.
L’objectif principal du CIER est de transformer les relations bilatérales, historiquement marquées par la méfiance et la guerre, en une coopération économique, notamment par la formalisation des chaînes d’approvisionnement en minerais stratégiques et l’instauration d’un cessez-le-feu permanent.
La cérémonie de signature, organisée à Washington, a été notable pour la tension palpable entre les deux chefs d’État, Paul Kagame et Félix Tshisekedi, qui ont ostensiblement évité tout contact visuel ou poignée de main, un détail relevé par les observateurs présents.
Malgré cette mise en scène diplomatique, les combats se poursuivent dans l’Est de la RDC, notamment avec l’avancée du groupe rebelle M23, que Kinshasa accuse Kigali de soutenir.
*La dénonciation cinglante de Martin Fayulu*
Dans un entretien accordé à France 24 depuis Kinshasa, Martin Fayulu, figure de proue de l’opposition congolaise, a exprimé sa vive inquiétude quant à la nature de cet accord. Pour lui, il ne s’agit pas d’une victoire diplomatique, mais d’une manœuvre politique orchestrée par le Rwanda.
‹‹ L’accord entre Paul Kagamé et Félix Tshisekedi conclu sous l’égide de Donald Trump à Washington le 4 décembre est ‘un piège’ tendu par le président rwandais à son homologue congolais. C’est un accord de capitulation déguisée ›› a-t-il déclaré lors de son entretien sur France 24.
L’opposant congolais redoute que le CIER, en se concentrant sur l’intégration économique et le partage des ressources minières, ne légitime l’influence rwandaise sur les richesses du Kivu, sans garantir un retrait effectif des forces rwandaises et de leurs alliés du territoire congolais. Il s’inquiète notamment des concessions faites par Kinshasa dans le domaine de la gestion des ressources naturelles, perçues comme une atteinte à la souveraineté nationale.
*Appel à un dialogue national inclusif*
Au-delà de la critique de l’accord, Martin Fayulu a lancé un appel politique fort, accusant les deux présidents d’être « coupables » de la situation actuelle et plaidant pour une solution interne à la crise congolaise.
L’appel à un dialogue national inclusif, y compris avec l’ancien président Joseph Kabila, marque une tentative de Fayulu de rassembler l’opposition et de proposer une alternative politique globale à la gestion de la crise par l’administration du président Tshisekedi.
Cette proposition vise à dépolitiser le conflit avec le Rwanda en le ramenant à une question de cohésion nationale et de gouvernance interne.
*Un avenir incertain*
L’accord de Washington, bien que salué par les États-Unis comme un triomphe diplomatique, reste fragile. La méfiance historique entre la RDC et le Rwanda, combinée à la persistance des violences dans l’Est congolais et aux critiques acerbes de l’opposition, soulignent que le chemin vers une paix durable est encore long et semé d’embûches.
Les prochains mois seront cruciaux pour déterminer si le Cadre d’Intégration Économique Régionale sera un véritable instrument de paix ou, comme le craint Martin Fayulu, un simple « piège » diplomatique.
Michel Tshiyoyo