Le civisme, socle du vivre-ensemble et de la discipline nationale
Il fut un temps où l’école dispensait des cours de civisme et d’éducation politique, destinés à former non seulement des élèves instruits, mais aussi des citoyens conscients de leurs droits et de leurs devoirs. En République démocratique du Congo, ces enseignements ont progressivement cédé la place au concept de la Nouvelle Citoyenneté et de l’éveil patriotique, dont l’effectivité demeure encore à consolider.
Ailleurs, l’éducation civique commence très tôt, dès l’école primaire. Les enfants y apprennent le respect du code de la route, des biens publics, des règles communes et de la responsabilité collective. On leur enseigne, par exemple, à jeter les déchets dans des poubelles prévues à cet effet. Encore faut-il, dans notre contexte, que ces poubelles existent et soient réellement accessibles au public.
Le respect de l’ordre d’arrivée dans une file d’attente constitue une règle élémentaire de civilité. Accorder la priorité à celui qui est arrivé avant soi, céder sa place aux personnes âgées, aux personnes vivant avec un handicap ou aux femmes enceintes relèvent du civisme au quotidien. Le respect strict du code de la route, en toutes circonstances, est également un acte civique fondamental.
À l’inverse, le tapage nocturne, les bagarres de rue, le klaxonnement abusif, les insultes publiques ou encore le non-respect du voisinage illustrent des formes d’incivisme devenues malheureusement courantes. Récemment, un arrêté du Vice-Premier ministre et ministre de l’Intérieur a interdit l’usage abusif des gyrophares et des sirènes. Pourtant, certaines autorités continuent de s’y soustraire. De même, des motards, pourtant interdits de circulation au centre-ville, persistent à braver les règles, tandis que les retards sont souvent systématiquement imputés aux embouteillages. Ceux qui ont construit sur les collecteurs d’eau ou sur les rails sont d’une incivilité caractérisée. Ces comportements banalisés fragilisent le vivre-ensemble et la cohésion sociale, alors même qu’ils pourraient servir de puissants leviers pédagogiques pour l’apprentissage de la responsabilité collective.
Ces réalités interrogent également la responsabilité des administrations publiques et privées, appelées à mettre en place les infrastructures et les mécanismes nécessaires. Faut-il attendre l’intervention des plus hautes autorités pour installer une simple poubelle dans une commune — alors qu’un simple fût vide peut déjà faire l’affaire — ou pour faire respecter des règles élémentaires ? La citoyenneté commence aussi à l’échelle locale, par l’action des autorités de proximité et la responsabilisation des communautés.
Cette observation rappelle une évidence trop souvent négligée : la citoyenneté ne relève pas uniquement du comportement individuel ; elle implique également la responsabilité des institutions chargées de créer un environnement propice au civisme.
Les valeurs civiques ne s’improvisent pas à l’âge adulte. Elles s’acquièrent dès le bas âge et se consolident avec le temps. Leur affaiblissement explique en partie la montée inquiétante de l’incivisme, perceptible à travers le non-respect des règles, la dégradation des biens publics, la corruption du quotidien et la tendance à dénoncer l’État tout en s’affranchissant des obligations citoyennes élémentaires.
Sans éducation civique structurée, il ne peut y avoir de citoyenneté responsable ; et sans citoyenneté responsable, aucun État ne peut durablement se renforcer. Le civisme doit être considéré non comme une option, mais comme un devoir citoyen fondamental, socle de la cohésion nationale, du respect des lois et de l’engagement en faveur du bien commun.
Être citoyen ne se limite pas à revendiquer des droits. C’est aussi accepter et assumer des devoirs envers la Nation.
L’incivisme persiste également par manque d’exemplarité. Lorsque les élites violent les règles sans conséquence, la norme s’effondre et le désordre devient la référence.
Rompre avec cette spirale exige plus que la répression. Cela suppose la restauration de la confiance entre l’État et les citoyens, la réintroduction effective de l’éducation civique dès le bas âge, l’exemplarité des dirigeants et l’instauration d’une justice équitable et crédible. L’expérience d’anciens jeunes marginalisés, y compris d’ex-Kuluna devenus des acteurs utiles à la société, démontre que le civisme peut s’acquérir.
L’incivisme n’est ni une fatalité ni une identité. Il est le symptôme d’un malaise collectif qui appelle un sursaut national, où l’État montre la voie et où le citoyen retrouve foi dans la valeur des règles communes.