Le masque est tombé. La chaîne de commandement du mouvement rebelle rwandais AFC/M23 vacille, frappée en son cœur. Après l’annonce de la mort de Willy Ngoma, neutralisé par un drone kamikaze, puis celle de Sultani Makenga, c’est toute l’architecture politico-militaire de cette rébellion qui se fissure.
À Kinshasa et dans de nombreuses villes du pays, le peuple congolais jubile et célèbre la chute de traîtres. À Kigali, en revanche, ceux que d’aucuns considèrent comme les commanditaires des massacres perpétrés sur le sol congolais se lamentent sur le sort de leurs protégés, présentés comme des héros tombés au front. Deux lectures opposées d’un même événement. Deux récits antagonistes. Deux propagandes. Cette fracture narrative illustre à elle seule la profondeur du conflit informationnel qui accompagne la crise sécuritaire.
Sur le terrain, cependant, les faits demeurent implacables : l’état-major est désorganisé, les circuits d’instruction se fragmentent et la peur change de camp.
L’assurance arrogante d’hier s’est muée en silence inquiet. Les chefs se terrent et tremblent, les relais politiques se délitent, les alliances opportunistes se fissurent sous la pression des réalités militaires. Corneille Nangaa est aux abois. Autrefois présenté comme caution politique, il apparaît désormais dépassé par l’effondrement progressif d’un dispositif bâti sur la violence, la désinformation et l’ingérence. À écouter son oraison funèbre aux obsèques de Willy Ngoma, il est évident que l’homme est dépassé.
Les nouvelles recrues découvrent qu’il ne s’agissait ni d’un simple jeu d’influence ni d’une mise en scène à Goma, mais d’une entreprise armée aux conséquences lourdes et durables. Certains, à l’image de Daniel Safu, prennent leurs distances et nient toute affiliation. Mais l’histoire rappelle qu’on ne s’approche pas impunément d’un projet de déstabilisation sans en assumer, tôt ou tard, les conséquences.
Claude Ibalanky incarne, quant à lui, la crise de confiance interne : soupçonné par ses propres alliés, suspecté de fuites vers Kinshasa, il symbolise cette atmosphère de méfiance qui ronge les structures fragilisées. Quant à certains membres de la diaspora congolaise, qui faisaient des allers-retours entre l’Europe et Goma comme s’il s’agissait d’une simple escapade touristique, ils découvrent aujourd’hui la gravité d’une situation qui exige responsabilité et lucidité. Lorsque la suspicion s’installe au sommet, la chute devient presque inévitable.
Au-delà des individus, c’est un projet régional de recomposition par la force qui se heurte désormais à ses limites.
L’hypothèse d’un retour de Joseph Kabila s’éloigne à mesure que le contexte évolue. Les ressources mobilisées, les réseaux activés et les campagnes d’influence engagées ne suffisent plus. Rien ne remplace la légitimité populaire ni la souveraineté d’un peuple.
À Kigali, Paul Kagame voit la pression diplomatique se renforcer. Les critiques se font plus explicites, les soutiens moins automatiques. Les relations avec l’administration américaine de Donald Trump se tendent. Le cycle des interventions indirectes et des calculs géostratégiques semble atteindre ses limites historiques.
Face à cette recomposition, Félix Tshisekedi maintient son cap. Héritier politique d’Étienne Tshisekedi, il a choisi d’affronter un système régional profondément enraciné. Le risque est considérable. Défier ce que certains surnomment le « monstre des mille collines » exige courage, constance et vision stratégique. Mais l’inaction aurait été une capitulation silencieuse et une trahison de son serment au peuple. L’opinion publique congolaise, majoritairement, rejette toute idée de dialogue stérile et politicien et aspire à la victoire concrète sur le terrain.
Le Congo se trouve à un tournant décisif. Soit il consolide pleinement sa souveraineté, soit il accepte de demeurer l’arrière-cour stratégique d’intérêts extérieurs. La question n’est plus seulement économique : elle est historique, identitaire et existentielle.
Le peuple congolais ne réclame pas des slogans. Il exige la fin des massacres, la fin des pillages, la fin de l’humiliation économique et identitaire. Il exige justice, souveraineté et dignité.
L’histoire est en marche. Elle ne protège personne. Elle juge.
Et cette fois, elle pourrait bien trancher.
Richard Ilunga Muipatayi
Haut cadre de l’UDPS
Ancien ministre provincial