Tribune de Richard Ilunga Muipatayi haut cadre de l’UDPS et ancien Ministre provincial
À malin, malin et demi ! Le match vient à peine de commencer et l’UDPS mène déjà 1 à 0.
Comme aux plus belles heures du parti, le secrétaire général et président intérimaire de l’UDPS, Augustin Kabuya, redonne espoir, énergie et enthousiasme aux militants ainsi qu’aux sympathisants à travers la création du C4 (Coalition des Congolais pour le changement de la Constitution). Ce vaste rassemblement de patriotes se veut résolument engagé dans la défense de la souveraineté nationale et la promotion du développement du pays. Chaque jour, de nouvelles adhésions sont enregistrées dans toutes les provinces ainsi qu’au sein de la diaspora, preuve de l’intérêt suscité par cette initiative.
Cette mobilisation intervient dans un contexte marqué par le débat sur la réforme constitutionnelle. Face à cette nouvelle dynamique, l’opposition dite républicaine semble perdre du terrain et se retrouve contrainte de subir le rapport de force imposé par la majorité présidentielle, déterminée à mener à terme son projet de réforme. Une première étape a déjà été franchie avec l’adoption, par l’Assemblée nationale, de la loi sur le référendum populaire le 27 mai 2026, illustrant la cohésion de la majorité au pouvoir.
Au cœur de cette controverse s’affrontent deux visions profondément opposées. Le C4 et ses alliés soutiennent que l’actuelle Constitution aurait été élaborée sous une forte influence extérieure. Certains estiment notamment qu’elle aurait favorisé des intérêts étrangers, en particulier ceux du Rwanda et de son président, Paul Kagame, souvent accusé par ses détracteurs de nourrir des ambitions expansionnistes dans l’Est de la République démocratique du Congo. Ils considèrent également que certaines de ses dispositions ne répondent plus aux intérêts supérieurs de la nation. C’est pourquoi ils plaident pour une adaptation de la loi fondamentale aux réalités politiques, sociales et institutionnelles actuelles du pays.
Cette position rejoint, selon eux, la vision historique portée par Étienne Tshisekedi. L’UDPS et ses alliés s’inscrivent ainsi dans une démarche qu’ils considèrent comme fidèle à l’héritage politique du fondateur du parti.
« Nous avons le devoir de respecter la parole du Sphinx de Limete », affirment plusieurs cadres et militants de l’UDPS. Évoquant l’actuelle Constitution, Étienne Tshisekedi déclarait autrefois que lorsque l’opposition d’alors accéderait au pouvoir, elle remplacerait « ce chiffon », selon sa célèbre formule. Pour les partisans de la réforme, le recours au référendum s’inscrit dans cette continuité politique et historique.
À l’inverse, l’opposition continue de dénoncer ce qu’elle considère comme une volonté du président Félix Tshisekedi de briguer un troisième mandat. À travers le C64 et l’invocation de l’article 64 de la Constitution, elle s’oppose à toute révision constitutionnelle et appelle le peuple congolais à la vigilance.
Dans ce contexte, l’appel à la ville morte prévu le 3 juin apparaît, pour certains observateurs, comme un pari risqué, voire comme un échec annoncé. Le même jour, à Liège, les Léopards, l’équipe nationale de la RDC, affronteront le Danemark dans le cadre de leur préparation à la Coupe du monde. Selon ces observateurs, l’opposition ne disposerait ni d’un solide ancrage populaire ni des capacités organisationnelles nécessaires pour mener des actions d’envergure susceptibles de paralyser durablement les activités du pays. Les manifestations de rue demeurent en effet l’un des principaux marqueurs historiques de l’UDPS, ancienne figure emblématique de l’opposition congolaise, qui ne semble pas disposée à abandonner ce terrain politique.
Les partisans du pouvoir accusent également certains acteurs de l’opposition d’avoir apporté un soutien tacite à la rébellion, sans jamais l’avoir condamnée publiquement depuis l’occupation de Goma, Bukavu et Uvira, principales villes concernées dans l’Est du pays. Ils leur reprochent aussi leur participation à diverses initiatives visant à affaiblir le régime de Félix Tshisekedi de l’intérieur. À leurs yeux, l’échec des différentes tentatives de pression politique ou sécuritaire destinées à contraindre le pouvoir à négocier a considérablement affaibli leur discours et leurs stratégies. Désormais, ils seraient à court d’arguments et peineraient à présenter des alternatives crédibles.
L’heure semble donc être à la démonstration de force. Entre le C4, favorable à la réforme constitutionnelle, et le C64, qui y est fermement opposé, le débat ne fait que commencer. Une chose paraît certaine : les prochains mois pourraient redessiner durablement le paysage politique congolais.