La République Démocratique du Congo (RDC) a haussé le ton contre le Rwanda, l’accusant de violer un accord de paix fraîchement signé et de chercher à étendre le conflit à l’ensemble de la région des Grands Lacs. Cette mise en garde intervient alors que le mouvement rebelle M23, soutenu par Kigali selon Kinshasa, intensifie son offensive vers la ville stratégique d’Uvira, dans la province du Sud-Kivu ce mardi 9 décembre 2025.
Le porte-parole du gouvernement congolais, Patrick Muyaya, a livré une déclaration cinglante, dénonçant l’échec du respect de l’accord de Washington, conclu le 4 décembre entre les présidents Félix Tshisekedi et Paul Kagame, sous médiation américaine.
*L’accord de Washington violé et la responsabilité du Rwanda*
Selon Patrick Muyaya, l’avancée du M23 vers Uvira est la preuve manifeste que le Rwanda n’a aucune intention d’honorer ses engagements. « L’accord n’est pas respecté, c’est de la responsabilité du président rwandais. » a-t-il déclaré.
Cette violation, survenant à peine quelques jours après la signature de l’accord, a été qualifiée par le Président congolais Félix Tshisekedi lui-même d’attaque menée et soutenue par l’armée rwandaise, utilisant des armes lourdes, « le jour même après la signature ».
*La menace de « régionalisation de la guerre » et la cible burundaise*
L’inquiétude majeure exprimée par le porte-parole congolais réside dans la volonté présumée du Rwanda de déborder le cadre du conflit bilatéral pour le transformer en une crise régionale, ciblant explicitement le Burundi voisin. « Le Rwanda veut régionaliser la guerre parce que l’objectif, ce n’est plus seulement le territoire congolais, c’est clairement le Burundi. » a-t-il ajouté.
Cette déclaration fait écho aux tensions croissantes entre le Rwanda et le Burundi, ce dernier ayant récemment accusé le Rwanda d’attaques sur son territoire. Des sources locales et militaires ont d’ailleurs rapporté que des troupes congolaises et burundaises alliées ont cherché refuge au Burundi face à l’avancée du M23, soulignant l’implication burundaise dans la défense de la zone.
*Appel au médiateur américain et mise en garde contre le « Poison Rwandais »*
Face à cette escalade, Kinshasa a directement interpellé les États-Unis, médiateurs de l’accord de paix, pour qu’ils exercent une pression décisive sur Kigali. « Le médiateur américain est particulièrement interpellé pour mettre un terme aux agissements inutilement belliqueux du Rwanda. » Patrick Muyaya.
En parallèle, le porte-parole de la RDC a lancé un appel à la vigilance de la population congolaise, les exhortant à se prémunir contre la désinformation, qu’il a désignée sous le terme de » Poison Rwandais ». « Nous appelons nos populations à la vigilance et à se méfier du »Poison Rwandais » qui circule et qui vise à semer la panique et la confusion. » appel à la vigilance de Patrick Muyaya.
Ce terme vise à dénoncer les tentatives de manipulation de l’opinion publique et de travestissement de la réalité du confli.
*Contexte de l’offensive sur Uvira*
Uvira, une ville située sur la rive nord du lac Tanganyika, est un centre urbain vital et le dernier grand bastion du Sud-Kivu non encore tombé aux mains du M23. Son contrôle ouvrirait au M23 une voie stratégique vers le sud de la province.
L’offensive actuelle a déjà provoqué le déplacement de dizaines de milliers de personnes et a été marquée par des combats intenses dans les localités environnantes comme Luvungi et Sange.
Les États-Unis, par la voix du Département d’État, se sont dits « profondément préoccupés par la violence persistante dans l’est de la RDC » et ont réitéré leur appel au Rwanda à cesser son soutien au M23 et à prévenir toute nouvelle escalade.
Il reste à noter que l’escalade actuelle met en lumière la fragilité des accords de paix et la complexité du conflit dans l’est de la RDC, où les cessez-le-feu successifs n’ont pas réussi à mettre fin aux hostilités.
MT