L’actuel gouverneur de la ville de Kinshasa n’a plus d’échappatoire : sa démission à l’Assemblée provinciale semble inévitable, avant que la situation ne s’envenime davantage. Le président Félix Tshisekedi, dans son discours sur l’état de la nation ce lundi 8 décembre, devant les deux chambres du Parlement réunies en Congrès, a adressé un message clair aux Congolaises et Congolais, particulièrement aux Kinois.
Le chef de l’État a dénoncé l’inaction et les promesses non tenues du gouverneur de Kinshasa, qu’il accuse de laisser la capitale s’enfoncer dans une insalubrité généralisée, ainsi que dans des embouteillages monstrueux qui épuisent les familles, freinent la productivité et alourdissent le coût de la vie. À cela s’ajoute une gestion défaillante des déchets, exposant la population à des risques sanitaires et environnementaux inacceptables.
Une situation qui, selon lui, dépasse désormais le simple inconfort urbain.
Face à cette mise au point ferme et salutaire pour de nombreux Kinois, l’autorité urbaine se retrouve moralement sommée de renoncer aux privilèges de sa fonction qu’elle n’aurait pas su assumer avec efficacité.
« À Kinshasa, je ne peux ignorer l’une des épreuves les plus visibles du quotidien : les embouteillages devenus monstres. Ils épuisent nos familles, freinent la productivité, renchérissent le coût de la vie et affectent l’image même de notre capitale. Cette situation n’est plus une simple gêne urbaine : elle est un défi national de gouvernance », a déclaré Félix Tshisekedi.
Selon lui, la capitale ne peut continuer à croître sans une planification rigoureuse et une gouvernance capable de répondre à son poids démographique et économique. Le chef de l’État appelle donc à des décisions urgentes, coordonnées et courageuses, fondées sur une vision globale de la mobilité, de l’occupation du sol et du développement de pôles d’activités.
« J’évoque avec la même gravité l’ampleur du défi de l’assainissement : l’insalubrité, la construction anarchique, la mauvaise gestion des déchets et la pression croissante sur les quartiers exposent la population à des risques sanitaires et environnementaux inacceptables. »
*Un appel à la modernisation*
Pour y répondre, Tshisekedi propose la modernisation complète de la chaîne d’assainissement, la clarification des responsabilités entre acteurs publics et privés, la mobilisation citoyenne durable ainsi qu’une tolérance zéro contre les pratiques qui dégradent les quartiers et menacent la santé publique.
« C’est dans cet esprit que s’inscrivent les décisions structurantes engagées pour désengorger, réorganiser et mieux planifier Kinshasa, tout en préparant la modernisation de nos grandes villes », a-t-il expliqué.
*Un vaste projet d’extension de Kinshasa*
Le chef de l’État a également révélé le projet d’extension de Kinshasa vers la cité industrielle de Maluku, sur 430 km², dont une première phase de 75 km² entrera en exécution dès le premier trimestre 2026.
Sur cinq ans, 1 200 usines sont envisagées, dont 160 dès 2026. L’objectif : décongestionner la capitale, créer des emplois, améliorer l’accès à l’eau et à l’électricité, et renforcer la gestion urbaine.
Ce projet répond, selon le président, à « une exigence de bon sens : repenser l’espace de croissance de Kinshasa pour restaurer la fluidité, la sécurité et la dignité de la vie urbaine ».
Parallèlement, le guichet unique de permis de construire expérimenté à Kinshasa sera déployé dans plusieurs grandes villes Lubumbashi, Kolwezi, Matadi, Kananga, Kisangani, Mbandaka afin de mieux encadrer l’urbanisation, lutter contre le désordre foncier et sécuriser les investissements immobiliers, conformément au nouveau code de l’urbanisme et de la construction.
« Notre ambition est de faire émerger des villes mieux planifiées, plus propres, plus fluides, plus sûres et plus humaines. Des villes où la croissance démographique ne rime plus avec chaos, mais avec opportunité ; où l’urbanisme devient un outil de prospérité, de cohésion sociale et d’amélioration de la qualité de vie. C’est à cette condition que Kinshasa et les grandes agglomérations pourront jouer pleinement leur rôle de moteurs économiques et de symboles de la modernité congolaise », a conclu Félix Tshisekedi.
La Paillotte