Confrontée à une série de défis majeurs allant de l’insécurité persistante à l’Est aux pressions économiques, en passant par une situation humanitaire critique, la République démocratique du Congo attend ce lundi 8 décembre l’adresse du Président Félix-Antoine Tshisekedi devant les deux chambres du Parlement réunies en Congrès. Pour son deuxième discours sur l’état de la Nation de son second mandat, le Chef de l’État est appelé à tracer la voie pour l’année à venir dans un climat sociopolitique tendu et marqué par de fortes attentes.
Conflits à l’Est : un état de siège prolongé sans résultats tangibles
Près de cinq ans après sa proclamation, l’état de siège en Ituri et au Nord-Kivu peine toujours à atteindre ses objectifs. Les groupes armés, notamment les ADF et la CODECO, restent actifs malgré les opérations conjointes des FARDC et des UPDF qui ne parviennent pas à stabiliser durablement la région.
La menace demeure tout aussi préoccupante au Nord-Kivu, où la rébellion AFC/M23, appuyée par le Rwanda, contrôle plusieurs zones stratégiques dans les territoires de Rutshuru, Masisi, Nyiragongo et Walikale. Une partie du Sud-Kivu est également passée sous l’influence de cette même rébellion.
Malgré un cessez-le-feu signé sous médiation du Qatar, aucune avancée significative n’a été observée sur le terrain.
Les relations RDC–Rwanda demeurent tendues, bien que les deux pays aient récemment entériné à Washington, sous la facilitation américaine, un accord de paix signé en présence du président des États-Unis, Donald Trump. Les attentes sont fortes pour évaluer l’impact réel de cet engagement diplomatique.
Économie : des engagements internationaux mais un contexte incertain
Le Président Tshisekedi devrait mettre en avant le renforcement de la coopération avec le FMI et la Banque mondiale. Deux nouveaux programmes – la FEC (Facilité élargie de crédit) et la FRD (Facilité pour la résilience et la durabilité) représentent 2,87 milliards de dollars destinés à soutenir la croissance, diversifier l’économie, créer des emplois et renforcer la résilience climatique. De nouveaux financements sont attendus avant la fin de l’année.
Le budget 2026, en examen au Parlement, est évalué à 59 021 milliards de FC, une hausse de 16 % par rapport au budget rectificatif 2025. Il vise à renforcer les secteurs sociaux, moderniser les infrastructures et améliorer les services publics.
Cependant, des analystes s’inquiètent de l’impact de l’appréciation du franc congolais sur les recettes publiques, malgré l’optimisme affiché par le gouvernement et la Banque centrale.
Le Chef de l’État devrait également revenir sur le partenariat stratégique conclu avec les États-Unis, portant sur l’industrialisation, la sécurisation des chaînes d’approvisionnement en minerais critiques et le développement d’infrastructures majeures.
Selon l’accord, la RDC doit soumettre dans les 30 jours la liste de ses premiers « DRC Designated Strategic Projects », cruciaux pour la transformation économique et la stabilisation des zones riches en ressources.
Un contexte humanitaire lourd et une situation sanitaire fragile
Plus de 21,2 millions de personnes demeurent dans le besoin dans l’Est du pays. Avec un coût de 2,54 milliards USD, le plan de réponse humanitaire 2025 reste dramatiquement sous-financé : entre 14 % et 16 % seulement sont mobilisés à moins de trois mois de la fin de l’année.
À la suite de la conférence internationale sur la paix et la prospérité dans la région des Grands Lacs organisée par la France et le Togo, le gouvernement congolais plaide désormais pour la réouverture partielle de l’aéroport de Goma. Une initiative soutenue par Paris mais rejetée par l’AFC/M23, qui remet en cause la gravité de la situation humanitaire dans les zones qu’elle contrôle.
Sur le plan sanitaire, la fin de l’épidémie d’Ebola au Kasaï n’efface pas les défis persistants : épidémies de Mpox, choléra, rougeole, et conséquences directes des violences sur l’accès aux soins dans l’Est. Ces crises rappellent les faiblesses structurelles du système de santé, malgré les efforts engagés pour mettre en œuvre la couverture santé universelle.
Un paysage politique crispé autour du dialogue national
Alors que les confessions religieuses ont publié une feuille de route pour encourager la tenue d’un dialogue national inclusif, soutenue par plusieurs partenaires internationaux, le Chef de l’État maintient sa position : aucun dialogue ne peut être convoqué sans son initiative directe.
Ce discours devant la Nation pourrait constituer un moment décisif pour clarifier la position de l’exécutif, à l’heure où une partie de la classe politique et de la société civile insiste pour l’ouverture d’un cadre national de concertation.
Face à des défis multidimensionnels sécuritaires, économiques, humanitaires et politiques – l’allocution de Félix Tshisekedi revêt une portée particulière. Elle devrait permettre de préciser la feuille de route pour l’année 2026 et de rassurer une population en quête de réponses concrètes dans un environnement miné par l’incertitude.
MT