L’opposition congolaise : un navire sans capitaineTribune de Richard Ilunga Muipatayi haut cadre de l’UDPS et ancien Ministre provincial

Toutes les vaches se ressemblent en apparence, mais elles n’ont pas le même prix.
Dans la maison politique congolaise, tout le monde parle en même temps, souvent avec précipitation, sans réellement se comprendre ni se faire entendre. Plus rien n’est comme auparavant. Chacun tente d’imiter le passé, certains allant même jusqu’à emprunter le ton, le style et les méthodes du leader charismatique et regretté Étienne Tshisekedi.

Homme de conviction et figure emblématique de l’opposition congolaise d’antan, Étienne Tshisekedi demeure celui qui, avec le soutien du peuple congolais, affronta tour à tour les régimes de Mobutu Sese Seko, de Laurent-Désiré Kabila puis de Joseph Kabila. Sans armes, mais avec une détermination inébranlable et une constance politique rare, il réussit à incarner l’espoir de millions de Congolais en quête de démocratie, de justice et d’alternance.

Aujourd’hui, l’opposition congolaise semble avoir perdu cette boussole politique et morale. Elle donne l’image d’un navire à la dérive, sans capitaine capable de fédérer, d’orienter et de porter une vision claire pour l’avenir du pays.

Tout laisse croire que certains, en créant leurs partis-mallettes, espéraient avant tout accéder au pouvoir et bénéficier des dividendes issus des arrangements politiques, des dialogues et des compromis de circonstance. Mais depuis que ces avantages tant espérés ne semblent plus au rendez-vous notamment en raison du refus de Félix Tshisekedi d’élargir davantage le jeu politique beaucoup paraissent aujourd’hui désorientés.

L’absence d’un leadership éclairé devient de plus en plus visible. Les ambitions personnelles et les calculs politiques prennent trop souvent le pas sur l’intérêt supérieur de la nation. Pendant ce temps, aucune proposition politique sérieuse ne se dégage réellement pour sortir le pays du bourbier et remettre la machine nationale en marche.

De Moïse Katumbi à Denis Mukwege, en passant par Jean-Marc Kabund, Delly Sesanga et Martin Fayulu, les positions manquent parfois de clarté et de cohérence. Les discours se multiplient, mais les stratégies peinent à convaincre. Au lieu d’avancer avec méthode et vision, l’opposition donne souvent le sentiment de marcher à reculons, incapable de construire une dynamique commune face aux défis majeurs auxquels la République démocratique du Congo est confrontée.

Alors que certains acteurs de l’opposition cherchent à imiter le maître, Étienne Tshisekedi wa Mulumba, ils peinent pourtant à mobiliser durablement la population autour d’actions politiques d’envergure, telles que les marches populaires ou les journées « ville morte », face à la politique nationale et internationale menée par Félix Tshisekedi.

Sous d’autres cieux, en période de guerre comme celle que traverse actuellement notre pays, l’opposition et le pouvoir devraient parler un même langage et évoluer sur un même diapason face à un ennemi extérieur occupant une partie du territoire national. Les intérêts supérieurs de la nation devraient normalement primer sur les querelles politiques et les ambitions individuelles.

Et si Félix Tshisekedi n’avait pas fait preuve d’habileté diplomatique sur la scène internationale, où en serions-nous aujourd’hui ? La question mérite d’être posée au regard des multiples pressions politiques, diplomatiques et sécuritaires auxquelles la République démocratique du Congo est confrontée.

Par ailleurs, le refus catégorique de certains opposants d’envisager un débat autour d’un éventuel référendum constitutionnel soulève également des interrogations. Pourtant, la Constitution prévoit des mécanismes légaux permettant soit au Chef de l’État, soit au Parlement réuni en Congrès, soit encore à une initiative populaire soutenue par au moins 100 000 signatures, de proposer une révision constitutionnelle.

Dans une démocratie, il est toujours préférable d’opposer des arguments solides et convaincants plutôt que de rejeter systématiquement le débat. D’autant plus que plusieurs dispositions constitutionnelles suscitent aujourd’hui des interrogations quant à leur adéquation avec les réalités institutionnelles, sécuritaires et géopolitiques auxquelles l’État congolais est confronté.

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