Le temps est venu de passer aux choses très sérieuses. Après la formule de transition « 1+4 », les 18 années de gouvernance de Joseph Kabila et les sept années d’alternance politique avec Félix Tshisekedi, la République démocratique du Congo se trouve aujourd’hui à la croisée des chemins, à un tournant décisif de son histoire.
Plus qu’une simple étape politique, ce moment appelle à une prise de responsabilité collective. Nous devons nous assumer pleinement en tant que peuple souverain, en engageant une réflexion lucide, courageuse et approfondie sur la nécessité de réviser notre Constitution.
Adoptée dans un contexte de sortie de conflit, sous l’influence directe des anciens belligérants et de puissances étrangères, la Constitution actuelle porte les marques d’un compromis historique, ainsi que les germes de certaines tensions persistantes. Si elle a permis de stabiliser les institutions, elle révèle aujourd’hui ses limites face aux nouvelles exigences de gouvernance, de justice et d’efficacité de l’État.
Les récentes déclarations de Che Okitundu, acteur politique influent aux côtés de Laurent-Désiré Kabila puis de Joseph Kabila, relancent le débat. De son côté, le professeur et constitutionnaliste de renom Evariste Bushabu, ancien dignitaire du régime, ne cache pas ses analyses critiques sur les failles du texte actuel. Les professeurs Jacques Ndjoli et André Mbata, tous deux constitutionnalistes reconnus, abondent également dans le même sens, sans oublier Delly Sessanga, figure de l’opposition républicaine.
Ces limites sont concrètes et visibles, et plusieurs exemples emblématiques interpellent. D’abord, l’ambiguïté dans la répartition des pouvoirs au sommet de l’État entre le président de la République, institution suprême, et le Premier ministre : s’agit-il d’un régime présidentiel ou parlementaire ? Cette question mérite d’être tranchée de manière claire et définitive.
L’indépendance de la justice demeure fragile, souvent mise à l’épreuve par des influences politiques et un manque de moyens structurels. La décentralisation, pourtant consacrée par la Constitution, peine à se concrétiser pleinement, faute de transfert effectif des compétences et des ressources vers les provinces.
À cela s’ajoutent des insuffisances dans la gestion transparente et équitable des ressources naturelles, un cadre électoral encore perfectible, ainsi qu’une protection des droits fondamentaux dont l’effectivité reste inégale pour de nombreux citoyens. La question de l’application de la loi Bakajika, notamment en matière de souveraineté sur les ressources du sol et du sous-sol, mérite également d’être revisitée dans ce contexte.
Face à ces constats, il devient non seulement légitime, mais nécessaire d’envisager des corrections et des ajustements. L’objectif n’est pas de fragiliser l’ordre constitutionnel, mais au contraire de le renforcer : consolider l’État de droit, améliorer la gouvernance publique, garantir une séparation effective des pouvoirs et approfondir la démocratie.
Cependant, une telle réforme ne saurait être guidée par des intérêts partisans ou circonstanciels. Elle doit être portée par une vision nationale, fondée sur un large consensus, inclusif, transparent et véritablement représentatif des aspirations profondes du peuple.
Changer la Constitution, ce n’est pas trahir son esprit ; c’est lui insuffler une nouvelle vitalité. C’est adapter notre pacte républicain aux réalités du présent, tout en préparant avec responsabilité les défis de l’avenir.