« Vox populi, vox Dei », disait le latiniste Alcuin of York au VIIIᵉ siècle.
Oui, cette expression — la voix du peuple est la voix de Dieu — trouve aujourd’hui tout son sens en République démocratique du Congo.
Dans toute démocratie digne de ce nom, le peuple demeure la source première de la légitimité du pouvoir. La volonté populaire doit être écoutée et prise en compte dans les grandes orientations de la nation. Lorsque la population exprime son soutien à une réforme politique majeure, notamment une révision constitutionnelle, cela traduit souvent un désir collectif d’adapter les institutions aux réalités du moment.
Au nom d’une large frange de notre peuple, nous lançons un appel solennel à votre sens élevé des responsabilités et à votre devoir patriotique, afin d’entendre le cri de millions de patriotes congolais qui réclament le changement tant attendu de la Constitution issue du Dialogue inter-congolais de Sun City en 2002.
Aujourd’hui, au regard des enjeux auxquels notre pays est confronté et des résultats engagés par votre diplomatie téméraire et offensive, il y a lieu d’oser penser la Nation autrement. Cela signifie que, puisque la Constitution née de la belligérance nous a propulsés dans la Troisième République, les effets induits de votre gouvernance devraient désormais nous conduire vers la Quatrième République.
Vous aurez ainsi, devant la Nation et devant le monde, marqué d’une encre indélébile l’histoire de notre pays et posé les jalons d’un avenir prospère pour la République démocratique du Congo.
À vrai dire, dans le contexte actuel, il n’y a sans doute personne mieux placé que vous pour assumer cette responsabilité historique. Il s’agit là d’un chantier majeur, d’un véritable tournant politique pour l’avenir de notre Nation.
Certains jugeront peut-être notre démarche audacieuse, voire opportuniste. Mais l’heure n’est plus aux procès d’intention. Elle est à la lucidité, au courage politique et au sens des responsabilités. Les défis sécuritaires, diplomatiques et institutionnels auxquels notre pays fait face exigent expérience, constance, sang-froid et maîtrise dans la conduite de l’État.
Car une guerre ne se gagne pas uniquement sur les champs de bataille. Elle se gagne également dans les sphères diplomatiques, dans la constance stratégique, dans la crédibilité internationale et dans la capacité d’un leadership à maintenir le cap dans la durée, malgré les pressions et les turbulences. C’est précisément le cas du conflit qui sévit à l’Est de notre pays, et votre engagement en témoigne.
Au regard de ce qui précède, il est également important de souligner qu’une grande majorité du peuple congolais refuse d’être régie par une Constitution issue d’un contexte de belligérance et souvent perçue comme défavorable aux intérêts supérieurs de la Nation.
C’est pourquoi nous vous prions, Excellence Monsieur le Président de la République, Chef de l’État, père de la Nation, Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo, dans le cadre de vos prérogatives régaliennes, de prendre l’initiative d’un processus visant à doter notre pays d’une nouvelle loi fondamentale, mieux adaptée aux réalités actuelles, aux aspirations profondes et à la souveraineté de notre peuple.
Tel est le sens de la volonté populaire. Et, en définitive, dans une démocratie véritable, c’est toujours le peuple qui a le dernier mot.
Car dans une démocratie, le peuple n’est pas seulement spectateur du pouvoir : il en est à la fois le fondement et la finalité.